Filmkommentaren

Le documentaire est le cœur du service public

Skrevet den 14-06-2015 15:20:22 af Tue Steen Müller

Le documentaire est le cœur du service public

French documentarians have written a letter to France Télévisions to make the public service channels improve the conditions for the genre. It was published in the newspaper Libération last week. It is a very well written and argued article that could very well be used in lobbying campaigns in other countries - and on a European level. Sooo... good reading on a quite Sunday, if you master the language!

Le documentaire est le cœur du service public ! Et, il devrait battre encore plus fort...

A la télévision, le documentaire soumis à de trop fortes pressions.

Alors que France Télévisions vient de changer de présidence, le service public doit réaffirmer son engagement pour la production et la diffusion du film documentaire. Il a son public et remplit une fonction sociale.

Le genre documentaire joue un rôle essentiel dans le cœur de nos concitoyens. Il bat fort dans les écoles, les universités, les bibliothèques, les musées, les salles de cinéma... Et il bat fort encore sur tous les écrans de nos foyers. Un cœur vif tant il porte en lui l’identité de notre société, ses valeurs et ses questionnements. Un cœur solide tant il est vecteur d’innovation, tant il stimule un secteur et un marché du travail important.

En l’auscultant d’un peu plus près, on s’apercevrait bien vite que ce cœur s’arrêterait de battre sans le service public. France Télévisions et toutes les chaînes du groupe contribuent grandement à son oxygène. Cela lui est même vital.

Les 1.186 heures de nouveaux films financés et produits en 2014 par l'ensemble des chaînes du service public, offrent une grande diversité de sujets et de formes, une pluralité de points de vue et de narrations.

Les rapports avec nos interlocuteurs des chaînes publiques, se sont considérablement simplifiés ces dernières années. L’équilibre vertueux du trinôme "auteur – producteur – diffuseur" n’a cessé de s’améliorer et participe au dynamisme du secteur.

Le documentaire s’inscrit comme un genre fédérateur et populaire. Il accumule les succès critiques et les succès publics. Il rassemble entre 3 et 4 millions de téléspectateurs pour les évènements de prime-time, entre 500 et 800.000 pour les cases régulières, de seconde ou de troisième partie de soirée.

Le documentaire n’a jamais aussi bien rempli sa fonction sociale, en contribuant à stimuler les débats, à éclairer le public sur des sujets aussi fondamentaux que la violence, l’homophobie, la petite enfance, le harcèlement à l'école, le droit des femmes, l’immigration, la prison etc... que l'on a retrouvé récemment dans les cases Infrarouge de France 2 ou Le monde en face sur France 5. Les espaces dédiés au genre offrent des écritures variées et souvent innovantes. Pour le plus grand nombre.

Cependant, les auteurs reprochent une tendance à la standardisation de certaines de nos productions, et soulignent un trop grand manque d’audace au sein de notre filière.

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Certaines thématiques ont peu à peu quasiment disparu des grilles de programme de France Télévision. C’est le cas du documentaire scientifique ou du film d’art, dont un savoir-faire pourtant tant reconnu s’étiole par manque de débouchés. Alors que nos chercheurs sont régulièrement récompensés (Prix Nobel, médaille Fields...). Alors que partout en France, nos musées, nos grandes expositions sont remplis de succès et de publics toujours plus importants.

Enfin, nous perdons du terrain dans les grands rassemblements internationaux et nos films désertent les meilleurs festivals. Pas de productions françaises cette année à Sundance. De moins en moins à Amsterdam, à Toronto, à Nyon ou à Sheffield. Il n’y a pas si longtemps pourtant, France Télévision obtenait deux oscars (Un coupable idéal en 2002 et La Marche de l’Empereur en 2005) grâce à des films produits pour ses antennes !

A qui la faute ?

Une forte pression persiste au niveau de l'engagement des projets, pour lesquels nous sommes totalement dépendants du score et des parts de marchés escomptés. Cela ne rend pas service à l'offre et à la prise de risque.

Il faut relâcher la pression de l’audience avant que ce cœur ne lâche.

Le documentaire n’est pas un genre de l’instantané. Il ne vit pas seulement de l’événement, il ne vit pas seulement du jour et de l’heure de sa diffusion. Son impact demeure dans un temps et un espace beaucoup plus long, et plus important. La seule mesure quantitative de l’audience est devenue totalement désuète. A l’heure du numérique et de la ‘dé-linéarisation’, il serait judicieux de prendre en compte tous les outils qui mesurent aujourd’hui la pertinence et l’attachement d’un téléspectateur à son programme. Des méthodes existantes, comme le "Qualimat", devraient être systématisées.

La mesure d'un tel impact améliorerait d’autant mieux les nouveaux modes de consommation et les accès aux contenus sur tous types d'écrans. Une nouvelle vie du genre documentaire est à penser sur le web, via des plateformes dédiées, qui rende son accès facile, permanent, constituant peu à peu une encyclopédie de notre temps, avec l’ampleur que pourrait lui donner la puissance du Groupe France Télévisions. Avec l’objectif de retrouver le lien avec des publics qui ont déserté la télévision. Notamment les jeunes, qui se tournent plus naturellement vers le web et les réseaux sociaux.

Après les années dites télé-réalité, les années qui ont vu arriver les nouvelles chaînes de la TNT ont bousculé le paysage audiovisuel dans son ensemble et le genre documentaire n'y a pas échappé. Ces nouvelles chaînes n’ont jamais rempli les engagements patrimoniaux qu’elles avaient pris au moment

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d’obtenir leurs fréquences. Beaucoup de leurs programmes sont injustement libellés documentaires. Des films "vite faits, mal faits", vite produits pour pas cher, sans réelle valeur patrimoniale. Ces programmes ont tiré l’ensemble de la création vers le plus facile, vers le plus opportun. Tout simplement vers le bas.

Des programmes fabriqués à la chaîne, diffusés dans un flux quasiment continu, ayant pour effet une fragmentation de l'audience et un brouillage de l'offre qualitative.

Le genre documentaire se distingue des autres genres, notamment de l’information, des magazines et des jeux, parce qu’il porte en lui certaines spécificités immuables. Son temps de conception et de fabrication est long (celui de l’écriture, du développement, de la production). Le point de vue de ses créateurs reste singulier. Chaque film est unique et difficile - voire impossible - à copier.

Les films documentaires peuvent ainsi avoir un rôle conjuguant information et émotion, de telle manière qu’ils trouvent chez les spectateurs un écho puissant. Ajoutons qu’ils peuvent aussi avoir une dimension d’ouverture au vaste monde : ne serait-il pas opportun qu’une des chaines de service public, par exemple France 5, se fasse le vecteur régulier de documentaires de création coproduits avec d’autres pays ? Des sociétés françaises pourraient ainsi partager leur savoir faire en accompagnant et en coproduisant ces œuvres dans une logique d'échange, d'ouverture et de réciprocité.

Avec un cœur revitalisé, le documentaire français a de l’avenir, ses forces sont vives et ses talents nombreux

Signataires

Christine Camdessus (Alegria Productions), Fabienne Servan-Schreiber (Cinétévé), Dominique Barneaud (Bellota films), Matthieu Belghiti (What's Up Films), Fabrice Coat (Program 33), Alexandre Brachet (Upian), Alexandre Cornu (les Films du Tambour de soie), Luc-Martin Gousset (Point du Jour), Olivier Mille (Artline Films), Patrick Winocour (Quark Productions).

Première parution :

Libération du lundi 8 juin 2015

Contact presse : dom@bellotafilms.fr

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